Investissement Halal 22 juillet 2026

Screening shariah : la méthode pour vérifier une action

Lecture : ~8 min
Le screening shariah vérifie qu'une action cotée est éligible à un portefeuille conforme. Il se déroule en deux temps : d'abord un filtre sectoriel — l'activité principale de l'entreprise est-elle licite ? —, ensuite un filtre financier portant sur trois ratios : endettement à intérêt, trésorerie placée, et revenus non conformes (sous 5 %). Deux points sont systématiquement négligés. D'une part, un seuil n'a de sens qu'avec son dénominateur : « 30 % » sur la capitalisation et « 33 % » sur l'actif total ne se comparent pas. D'autre part, le screening n'est pas ponctuel : une action conforme aujourd'hui peut cesser de l'être, ce qui impose une surveillance régulière.

Screening shariah : la méthode pour vérifier une action

Investir en bourse en respectant les principes de la finance islamique repose sur une démarche structurée : le screening shariah. Ce processus de filtrage détermine si une action cotée est éligible avant tout investissement. Mais concrètement, quels critères examiner, dans quel ordre, et avec quels outils ? Cet article donne la méthode opérationnelle, étape par étape. Pour comprendre en profondeur pourquoi les grands indices divergent entre eux, voir notre article sur les méthodologies des indices islamiques.

⚠️ Avertissement éditorial

Ce contenu est à visée strictement pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni un avis religieux. Ce site ne qualifie aucun titre de conforme ou non conforme : un tel jugement relève d'un comité de savants qualifiés, sur la base d'un examen daté. De plus, les seuils et méthodologies varient selon les standards et évoluent : vérifiez-les à la source. Enfin, tout investissement en actions comporte un risque de perte en capital.

Ce qu'est le screening shariah

Le screening shariah est un processus d'analyse en deux phases qui détermine si une action est éligible à un portefeuille conforme. Ainsi, il s'appuie principalement sur les normes de l'AAOIFI, notamment sa norme relative aux titres financiers, et sur les méthodologies publiées par les grands fournisseurs d'indices.

En pratique, ce processus est celui qu'appliquent les indices islamiques mondiaux — Dow Jones Islamic Market, MSCI Islamic Index Series, S&P Shariah, FTSE Shariah — pour sélectionner les entreprises éligibles parmi des milliers de sociétés cotées. Ainsi, il se décompose toujours de la même façon : un filtrage sectoriel, puis un filtrage financier.

📌 Pourquoi ce filtrage est nécessaire

En finance islamique, un investissement doit être adossé à une activité réelle et productive. En effet, il est exclu de tirer profit du riba (l'intérêt), du gharar (l'incertitude excessive) ou du maysir (le pari). Or, une action est un titre de copropriété d'une entreprise : elle est donc licite en principe — à condition que l'entreprise elle-même exerce une activité conforme et ne repose pas structurellement sur l'intérêt. Ainsi, le screening ne juge pas l'action en soi, mais l'entreprise derrière elle.

Étape 1 — Le filtre sectoriel

La première question est simple : dans quel secteur cette entreprise exerce-t-elle son activité principale ? En effet, certains secteurs sont exclus quelle que soit la solidité financière de la société.

StatutSecteurs concernés
🚫 ExclusD'abord, la banque et l'assurance conventionnelles — dont le modèle repose sur l'intérêt —, puis l'alcool, le tabac, la viande porcine, l'armement, les jeux d'argent, la pornographie et le divertissement illicite.
✅ Généralement retenusEnsuite, la technologie, la santé, l'industrie, la consommation de base, l'énergie hors activités interdites, ou encore l'immobilier — sous réserve du filtre financier.

Ainsi, une entreprise dont l'activité principale relève d'un secteur exclu est écartée d'emblée, sans qu'il soit utile de poursuivre l'analyse. En revanche, une société opérant dans un secteur licite peut générer des revenus accessoires non conformes. Par conséquent, c'est là qu'intervient le second niveau.

⚠️ Le cas des conglomérats

Certaines grandes entreprises opèrent dans de multiples secteurs. Ainsi, si une filiale génère des revenus dans une activité exclue, cela n'entraîne pas nécessairement l'exclusion totale du groupe — à condition que ces revenus restent sous les seuils du filtre financier. En revanche, si l'activité problématique constitue le cœur de métier, l'exclusion est totale. En pratique, c'est la distinction entre accessoire et principal qui tranche.

Étape 2 — Les trois ratios financiers

Une fois le filtre sectoriel franchi, le screening entre dans sa phase quantitative. Ainsi, trois ratios sont examinés, chacun visant une forme d'exposition à l'intérêt.

RatioCe qu'il mesureOrdre de grandeur du seuil
Endettement portant intérêtD'abord, la part de la dette à intérêt dans le financement de l'entreprise.Environ 30 à 33 % selon le standard
Trésorerie et créances à intérêtEnsuite, les liquidités et créances placées à intérêt.Environ 30 à 33 % selon le standard
Revenus non conformesEnfin, la part des revenus issus d'activités non conformes dans le chiffre d'affaires.Moins de 5 %, seuil largement partagé

💡 Pourquoi tolérer une part de dette à intérêt ?

La question revient souvent : pourquoi admettre 30 % de dette conventionnelle plutôt que zéro ? En effet, dans l'économie réelle, il est quasiment impossible de trouver des entreprises cotées totalement exemptes de dette bancaire. Ainsi, cette tolérance procède d'un raisonnement de nécessité et d'intérêt général : sans elle, l'univers investissable serait pratiquement vide. Toutefois, il s'agit bien d'une tolérance encadrée, non d'un blanc-seing — et certains savants la discutent.

Le piège du dénominateur : « 30 % » ≠ « 33 % »

C'est le point le plus escamoté, et pourtant le plus déterminant. En effet, un ratio n'a aucun sens sans sa base de calcul. Or, les standards ne retiennent pas la même.

⚠️ Deux dénominateurs différents, deux résultats différents

Les normes AAOIFI et le Dow Jones Islamic Market calculent les ratios sur la capitalisation boursière. En revanche, MSCI et FTSE retiennent l'actif total. Ainsi, comparer un seuil de « 30 % » à un seuil de « 33 % » sans préciser le dénominateur n'a pas de sens : pour une même entreprise, les deux calculs peuvent aboutir à des classifications opposées. Par conséquent, avant de conclure qu'un titre passe ou échoue, vérifiez quelle méthodologie vous appliquez.

Une conséquence pratique en découle. Puisque la capitalisation boursière varie chaque jour, un ratio calculé sur cette base fluctue même lorsque les comptes de l'entreprise n'ont pas bougé d'une ligne. Ainsi, un titre peut entrer dans l'univers conforme à la faveur d'une hausse de cours, puis en sortir au reflux. À l'inverse, l'actif total reflète la structure réelle du bilan, ce qui le rend plus stable. De plus, les méthodologies fondées sur la capitalisation retiennent souvent une moyenne mobile sur plusieurs mois, précisément pour lisser cet effet.

Étape 3 — La purification des dividendes

Lorsqu'une entreprise franchit les deux filtres mais génère tout de même une fraction résiduelle de revenus non conformes, l'investisseur n'est pas quitte. Ainsi, la part correspondante des dividendes se reverse plutôt qu'elle ne se conserve.

🧮 La formule

Montant à purifier = dividendes reçus × (revenus non conformes ÷ revenus totaux)

Par exemple, sur 100 € de dividendes perçus d'une entreprise dont 3 % des revenus sont non conformes, 3 € sont à reverser. Ainsi, ce reversement se fait sans en attendre de récompense spirituelle : il s'agit de se défaire d'un revenu impur, non d'accomplir une aumône méritoire. En effet, la distinction compte sur le plan de l'intention.

Cette purification ne rend pas l'investissement illicite : elle constitue un mécanisme de mise en conformité reconnu par les standards et pratiqué par les fonds islamiques. Toutefois, une précision s'impose sur la charge pratique de ce calcul.

⚠️ Ne présumez pas que votre fonds s'en charge

On lit souvent que la purification serait « automatiquement effectuée » par le gestionnaire d'un ETF. Or, ce n'est pas la règle générale sur le marché européen. En pratique, les fournisseurs d'indices publient un ratio de purification, et il revient le plus souvent au porteur d'appliquer ce ratio à ses dividendes. Ainsi, vérifiez ce que fait précisément votre support — dans sa documentation — plutôt que de le supposer.

Étape 4 — La surveillance dans le temps

C'est l'aspect le plus négligé par les investisseurs particuliers. En effet, le screening n'est pas une vérification unique effectuée au moment de l'achat. Ainsi, une action conforme aujourd'hui peut cesser de l'être demain : hausse de l'endettement, acquisition d'une filiale dans un secteur exclu, dérive des revenus accessoires.

RéflexeEn pratique
Réévaluer périodiquementD'abord, les grands indices révisent leur composition chaque trimestre ou semestre. Ainsi, aligner sa propre surveillance sur ce rythme est un repère raisonnable.
Suivre les publicationsEnsuite, chaque publication de résultats peut modifier les ratios. De plus, une acquisition majeure ou une augmentation notable de la dette doit déclencher une nouvelle vérification.
Prévoir une procédure de sortieEnfin, si un titre sort du périmètre, l'approche courante consiste à céder la position dans un délai raisonnable — sans précipitation, mais sans attendre indéfiniment.

📌 Et les gains réalisés pendant la période de non-conformité ?

Selon les avis les plus répandus, la fraction de gain correspondant à la période durant laquelle le titre ne respectait plus les critères fait l'objet d'une purification, selon la même logique que les dividendes. Toutefois, les modalités précises varient d'un avis à l'autre. Ainsi, exposez votre situation à un savant qualifié plutôt que d'appliquer une règle lue en ligne.

Étape 5 — Les outils pour screener depuis la France

Plusieurs approches coexistent, qui diffèrent par leur profondeur, leur coût et l'effort requis. Ainsi, le bon choix dépend surtout de votre niveau d'exigence et du temps que vous pouvez y consacrer.

ApprocheCe qu'elle apporteSa limite
Les screeners en ligne spécialisésD'abord, ils centralisent l'information et livrent le détail des ratios en quelques instants. Plusieurs plateformes internationales proposent ce service.En revanche, la couverture des valeurs européennes est souvent moins complète que celle des valeurs américaines, et les méthodologies diffèrent d'un outil à l'autre.
Le module de l'espace clientEnsuite, l'espace client gratuit de financeislamique.org propose un module de screening et un suivi de patrimoine consolidé.Toutefois, il donne des repères objectifs : la qualification finale relève d'un comité qualifié.
L'analyse manuelleEnfin, reprendre les états financiers publiés et calculer soi-même les trois ratios offre le contrôle le plus élevé.Cependant, l'exercice est chronophage et suppose de savoir lire un bilan.

✅ La bonne pratique : croiser deux sources

Quelle que soit la méthode retenue, croisez au moins deux sources avant de conclure. En effet, un screener peut travailler sur des données décalées ou appliquer une méthodologie légèrement différente — souvenez-vous du dénominateur. Ainsi, une vérification manuelle sur un ou deux ratios clés permet de contrôler la cohérence du résultat. De plus, notez toujours quelle méthodologie a produit la réponse.

L'alternative : déléguer via un ETF

Pour qui ne souhaite pas screener chaque ligne, les ETF filtrés constituent une solution clé en main. En effet, ils appliquent une méthodologie publiée et répliquent un indice islamique reconnu. Ainsi, le travail de filtrage est délégué — mais il faut savoir où ces supports peuvent être logés.

ETFISINEnveloppes
iShares MSCI World IslamicIE00B27YCN58D'abord, compte-titres uniquement
HSBC MSCI World Islamic ScreenedIE000X9FTI22De même, compte-titres uniquement
iShares MSCI USA IslamicIE00B296QM64Également, compte-titres uniquement
iShares MSCI EM IslamicIE00B27YCP72Par ailleurs, compte-titres uniquement
Invesco Dow Jones Islamic Global Dev.IE000UOXRAM8Ensuite, compte-titres uniquement
HSBC MSCI Europe Islamic ScreenedIE000AGFZM58Enfin, compte-titres, assurance vie France, PER et capitalisation

⚠️ Le point que beaucoup ignorent

Les ETF actions monde, USA et émergents sont réservés au compte-titres ordinaire : ils ne se logent ni en assurance vie, ni en PER. Ainsi, pour une exposition « monde » en enveloppe, le support n'est pas un ETF World mais le fonds HSBC Islamic Global Equity (LU0806931092). De plus, l'enveloppe assurantielle doit elle-même être un contrat dédié : une assurance vie classique repose sur un fonds euros à intérêt et n'est pas conforme.

🎯 ETF ou actions individuelles ?

Les deux approches se complètent plutôt qu'elles ne s'opposent. D'une part, l'ETF apporte une diversification immédiate et délègue le filtrage. D'autre part, les actions individuelles offrent davantage de granularité, au prix d'un screening régulier à assumer. Ainsi, beaucoup combinent les deux : un socle indiciel, complété de quelques convictions préalablement vérifiées. En revanche, la répartition dépend de votre situation et relève d'un professionnel habilité.

Questions fréquentes sur le screening shariah

La méthode

Quelles sont les étapes du screening shariah ?

Cinq étapes. D'abord, vérifier que le secteur d'activité principal est licite. Ensuite, calculer les trois ratios financiers : endettement à intérêt, trésorerie placée, revenus non conformes sous 5 %. Puis purifier la part de dividendes correspondant aux revenus non conformes. Ensuite, surveiller la conformité dans le temps. Enfin, choisir l'outil adapté à votre niveau d'exigence.

Pourquoi les seuils varient-ils entre 30 % et 33 % ?

Parce que les standards ne retiennent pas le même dénominateur. Les normes AAOIFI et le Dow Jones Islamic Market calculent sur la capitalisation boursière ; MSCI et FTSE, sur l'actif total. Ainsi, comparer « 30 % » et « 33 % » sans préciser la base n'a pas de sens : pour une même entreprise, les deux calculs peuvent donner des résultats opposés.

Pourquoi tolérer jusqu'à 30 % de dette à intérêt ?

Parce qu'il est quasiment impossible de trouver des entreprises cotées totalement exemptes de dette bancaire conventionnelle. Ainsi, cette tolérance procède d'un raisonnement de nécessité et d'intérêt général : sans elle, l'univers investissable serait pratiquement vide. Il s'agit toutefois d'une tolérance encadrée, que certains savants discutent.

La purification et le suivi

Comment calculer la purification de mes dividendes ?

En appliquant la formule : dividendes reçus × (revenus non conformes ÷ revenus totaux). Sur 100 € de dividendes d'une entreprise dont 3 % des revenus sont non conformes, 3 € sont à reverser. Ce reversement se fait sans en attendre de récompense spirituelle : il s'agit de se défaire d'un revenu impur, non d'accomplir une aumône méritoire.

Mon ETF purifie-t-il automatiquement les dividendes ?

Ne le présumez pas. Contrairement à ce qu'on lit souvent, ce n'est pas la règle générale sur le marché européen. En pratique, les fournisseurs d'indices publient un ratio de purification, et il revient le plus souvent au porteur de l'appliquer à ses dividendes. Ainsi, vérifiez dans la documentation ce que fait précisément votre support.

À quelle fréquence refaire le screening ?

Le screening n'est pas une vérification unique. Les grands indices révisent leur composition chaque trimestre ou semestre : aligner sa surveillance sur ce rythme est un repère raisonnable. De plus, toute publication de résultats, acquisition majeure ou hausse notable de l'endettement doit déclencher une nouvelle vérification.

Que faire si une action devient non conforme ?

L'approche courante consiste à céder la position dans un délai raisonnable, sans précipitation mais sans attendre indéfiniment. Par ailleurs, selon les avis les plus répandus, la fraction de gain correspondant à la période de non-conformité fait l'objet d'une purification. Toutefois, les modalités varient : exposez votre cas à un savant qualifié.

Sources et références

  • AAOIFI — normes Sharia relatives aux titres financiers (screening des actions) et à la purification
  • S&P Dow Jones Indices — méthodologie du Dow Jones Islamic Market Index (ratios sur capitalisation boursière moyenne)
  • MSCI Islamic Index Series — méthodologie de screening (ratios sur actif total)
  • FTSE Russell — méthodologie FTSE Shariah Global Equity Index
  • Documentation officielle des ETF cités : BlackRock (iShares), HSBC AM, Invesco — prospectus et fiches mensuelles
  • Documentation contractuelle Patrimoine Vie et PERtinence Retraite (Suravenir via Vie Plus)

🎯 L'essentiel à retenir sur le screening shariah

Le screening shariah suit une logique reproductible en cinq étapes : vérifier le secteur, calculer les trois ratios financiers, purifier la part de dividendes non conformes, surveiller dans le temps, et choisir l'outil adapté. Ainsi, une action est un titre de copropriété : ce n'est pas elle qu'on examine, mais l'entreprise derrière elle.

Deux points sont presque toujours négligés. D'abord, le dénominateur : les normes AAOIFI et Dow Jones calculent sur la capitalisation boursière, MSCI et FTSE sur l'actif total. Par conséquent, « 30 % » et « 33 % » ne se comparent pas, et un même titre peut être retenu par l'un et écarté par l'autre. Ensuite, la surveillance : le screening n'est pas une vérification unique, car une action conforme aujourd'hui peut cesser de l'être.

Enfin, deux réflexes pratiques. D'une part, croisez deux sources et notez quelle méthodologie a produit la réponse. D'autre part, ne présumez pas que votre fonds purifie à votre place : sur le marché européen, ce calcul incombe le plus souvent au porteur. Et rappelez-vous que ce site ne qualifie aucun titre : la qualification finale relève d'un comité de savants qualifiés.

Pour aller plus loin

Avant d'appliquer un seuil, identifiez la méthodologie que vous suivez et tenez-vous-y. Pour approfondir à votre rythme, l'espace client gratuit de financeislamique.org propose un module de screening, des simulateurs et une bibliothèque pédagogique consacrée à l'investissement conforme.

Ce contenu est à visée strictement pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni un avis religieux. Ce site ne qualifie aucun titre de conforme ou non conforme : un tel jugement relève d'un comité de savants qualifiés. Les seuils et méthodologies varient selon les standards et évoluent. Tout investissement en actions comporte un risque de perte en capital.

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